Le Syndicat de la Rédaction du Soleil (SRS)

Nos 50 ans en 2000

Le SRS a fêté ses 50 ans le 28 juin 2000. Il regroupe depuis septembre 1996 deux syndicats: celui des employé-e-s de soutien de la Rédaction, fondé en 1974, et le Syndicat des journalistes de Québec (SJQ), fondé en 1950.
Lors de sa fondation, le Syndicat des journalistes de Québec (SJQ) représentait alors autant les journalistes de l'Action catholique de Québec (qui a fermé ses portes au début des années 80) que ceux du Soleil.

Une histoire qui débute grâce à Françoise Côté

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Françoise Côté (photo: Champlain Marcil)

Le Syndicat des journalistes du Soleil et de l'Événement-Journal a été fondé par Françoise Côté, la première femme journaliste francophone affectée au reportage général plutôt qu'aux pages féminines, après une campagne de recrutement «underground» amorcée en 1949 avec son collègue Gérard Morin.

Les journalistes ont obtenu leur certificat de reconnaissance syndicale de la Commission des relations ouvrières de la province de Québec le 28 juin 1950. Le SJQ regroupe alors 90% des journalistes du Soleil, de l'Événement-Journal et de l'Action catholique.

Le Soleil (quotidien d'après-midi) et l'Événement (journal du matin) viennent tous deux d'être achetés, en 1948, par Oscar Gilbert. L'Action catholique, fondée en 1907, 11 ans après Le Soleil, est l'organe du clergé catholique. Il fermera définitivement ses portes en 1974, après s'être successivement rebaptisé L'Action puis À Propos.

Première convention...premier congédiement

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Clément Trudel Source: Le Devoir
La toute première convention collective entre le SJQ et Le Soleil est signée le 23 octobre 1950, et ne couvre que deux mois. Au lendemain de la signature de la deuxième convention, en avril 1951, Françoise Côté, qui est alors la secrétaire du SJQ, est congédiée. Le grief déposé par le syndicat sera ignoré par le tribunal d'arbitrage.

À l'époque (février 1951), le SJQ représente 75 journalistes, dont 53 au Soleil-L'Événement et 22 à L'Action catholique. Il n'y a que quatre femmes parmi tout ce mâle monde. Mais, parmi les premières revendications défendues par le syndicat naissant figure le principe de la parité des salaires pour les journalistes féminins autant que masculins. Avant la syndicalisation, les femmes ne gagnaient que le tiers du salaire de leurs confrères.


Les relations patronales-syndicales restent tendues jusqu'en 1958. Suivent sept ans de calme plat. Puis, le «samedi de la matraque», en octobre 1964, où les journalistes servent de boucs émissaires au gouvernement libéral et aux policiers pour la visite ratée de la reine Élizabeth à Québec, sonne le glas de la Révolution tranquille et marque le début du militantisme pur et dur chez les membres du SJQ.

Moins de cinq ans plus tard, sous la pression de ses journalistes, Le Soleil publie une déclaration de principe affirmant son indépendance politique et reconnaissant la liberté de presse et le droit à l'information dans le respect des droits individuels.

C'est à cette époque, durant laquelle Clément Trudel, qui sera plus tard journaliste pour Le Devoir, est président du SJQ, que le syndicat décide de syndiquer les 16 journalistes du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui produisent la matière à lire de l'édition du Soleil distribuée dans cette région. Non seulement le SJQ réussit à se faire reconnaître comme représentant de ces salariés, mais il fait aussi accepter, dans leur cas, la parité de salaire avec les journalistes de Québec, alors que la partie patronale visait un salaire de 10$ moins élevé pour les Bleuets.


Un syndicalisme revendicateur dans un climat plus explosif

À la fin des années 60 et durant les années 70, le SJQ devient de plus en plus revendicateur, à l'image du radicalisme idéologique de la CSN, qui privilégie alors un syndicalisme de combat et qui axe son discours sur la lutte des classes. Nous sommes au lendemain de mai 68. La CSD vient de naître, ses fondateurs ayant d'ailleurs claqué la porte de la CSN à cause du radicalisme de cette dernière.

Le SJQ, qui compte alors cinq sections distinctes et autonomes dans leur organisation, et qui représente autant les correcteurs d'épreuves que les journalistes en région, profite de son avantage dans le rapport des forces avec l'entreprise pour réclamer sa part de gérance du journal. Dans sa convention 1967-70, il a réussi à obtenir un conseil de rédaction paritaire, le congé sans solde... et la participation syndicale à l'embauche, entre autres nouveautés.

Au lendemain du brasse-camarade de la Crise d'octobre, où les journalistes ont encore une fois été la cible des politiciens et des policiers, le SJQ, s'estimant mal servi par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), participe à la fondation de la Fédération nationale des communications (FNC), qui regroupe, à la CSN, les syndicats des journaux, de la radio, de la télévision et du cinéma. Dès 1972, la FNC se revendique du syndicalisme de masse, de classe et de combat. Le journaliste professionnel syndiqué se définit dès lors comme «travailleur de l'information».

Des grèves qui ont marqué le journal

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Grévistes de 1977 (Source: SJQ)
Il n'y a eu que deux grèves au Soleil en 100 ans d'existence, et les deux sont le fait du Syndicat des Journalistes de Québec. La plus longue, la première, débutera à minuit, le 30 août 1977, pour se terminer le 4 juillet 1978. Pendant 10 mois et 10 jours, Le Soleil, qui tirait alors 150 000 copies, ne sera pas publié. Outre les 108 journalistes et les 32 employés de soutien de la Rédaction, cette interruption de publication met au chômage 460 employés syndiqués des bureaux et de la production.

Au coeur du conflit, la gestion de la salle de rédaction, alors que les frères Gabriel et Guy Gilbert (les fils d'Oscar) ont vendu, en 1974, le journal à Jacques Francoeur, propriétaire d'hedos tabloïds comme Dimanche-Matin et Dimanche-Dernière heure. En août 1974, Claude Beauchamp, fort de son double titre d'éditeur et de rédacteur en chef du Soleil, a entrepris de reprendre le contrôle de la salle de rédaction et du contenu du journal. Trois ans plus tard, on retrouve, en tête de liste des exigences syndicales: la propriété des textes, le plancher d'emploi et l'exclusivité de service, i.e. la limitation des collaborations extérieures et l'interdiction aux cadres d'écrire dans l'espace rédactionnel.

Durant ces 10 mois de la première grève, les journalistes écrivent et publient deux revues: «Écris et tais-toi» (en novembre), qui rapportera 80 000$ au fonds des grévistes; et «Québec demain» (en avril).
Durant cette même année, La Presse et le Montréal-Matin sont paralysés par un arrêt de travail déclenché par leurs employés syndiqués à la CSN et à la FTQ, d'octobre à mai. Et la station de radio CJRP, à Québec, connaît une courte grève à l'automne de 1977.

La grève de 1992, et après

Le deuxième conflit de travail intervient 15 ans plus tard. Les journalistes feront grève du 22 octobre au 26 décembre 1992. Les employés de soutien de la rédaction, qui avaient pourtant signé leur convention collective, décident d'accompagner dans la grève leurs compagnons et compagnes de travail de toujours, ces journalistes qui sont à l'origine de la création de leur propre syndicat, en 1974. Cette deuxième grève légale des journalistes n'aura pas l'impact de la première: pendant les deux mois et quatre jours de leur arrêt de travail, Le Soleil continuera en effet à publier, fort du travail des cadres de la Rédaction et des collaborateurs en région, que le SJQ tenait notamment à syndiquer. 

Plus encore cette grève, déclenchée par un vote de 48 voix pour et 41 contre, et terminée par un vote tout aussi déchirant de 52 pour et 46 contre, confirmera la rupture du Syndicat des journalistes de Québec d'avec le syndicalisme pur et dur de revendication des années 70.

Ce conflit annonce en quelque sorte ceux qui opposeront, 10 ans plus tard, les syndiqués du Journal de Québec et ceux du Journal de Montréal au patron de Quebecor, Pierre-Karl Péladeau. En effet avec les changements technologiques, il devient pratiquement impossible pour les journalistes d'empêcher l'employeur de maintenir la production de son journal pendant le conflit. Le journal peut facilement utiliser de la main d'oeuvre externe, ou créer des agences de presse pour combler l'absence des journalistes. Ces conflits démontrent que la Loi anti-briseurs de grève est dépassée par l'évolution des technologies de production.

En 1995, le SJQ réintègre la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), dont il était sorti en 1973 parce que l'organisme regroupait aussi les patrons de presse. 

Le 27 septembre 1996, le Syndicat des journalistes de Québec (SJQ) et le Syndicat du personnel des employés de soutien de la rédaction du Soleil (SPESRS) fusionnent en un seul: le Syndicat de la Rédaction du Soleil (SRS).

Cinquante ans après sa fondation, le 22 juin 2000, le SRS signe la première convention collective du nouveau millénaire, valable jusqu'au 31 décembre 2003. Le SRS compte alors 75 journalistes permanents et 17 employé-e-s de soutien permanents. Durant ce cinquantenaire, Le Soleil sera passé successivement des mains de la famille Gilbert à celles du Groupe UniMédia de Jacques Francoeur (1973), puis à la multinationale de Conrad Black, Hollinger (1987), et finalement dans le giron de la filiale médias de Power Corporation, Gesca, au printemps de 2001.

    Les informations de cette page sont des résumés faits à partir de deux livres, «Les 50 ans du Syndicat de la Rédaction du Soleil - Un combat pour la profession - 1950-2000», par l'historienne Louise Fradet, aux éditions du Septentrion, et «Le roman du Soleil - Un journal dans son siècle», par notre collègue Louis-Guy Lemieux, paru également aux éditions du Septentrion à l'occasion du centenaire du Soleil, en 1996.